Tensions entre la SNCF et RFF
21 avril 2011 | Par Laurent Bordeau classé dans Le rail | Aucun commentaire »
Article paru dans la gazette des communes le 20/04/2011 http://www.lagazettedescommunes.com/63282/les-tensions-entre-la-sncf-et-rff-poussent-letat-a-intervenir
Les tensions n’en finissent plus de s’accumuler entre la SNCF et Réseau ferré de France (RFF), le gestionnaire des infrastructures, au point d’irriter les pouvoirs publics qui s’apprêtent à « recadrer » les deux frères ennemis du rail.
Guillaume Pepy, patron de la SNCF, et Hubert du Mesnil, patron de RFF, ont été convoqués par le secrétaire d’Etat aux Transports Thierry Mariani pour un « recadrage » qui devrait avoir lieu le 21 avril, selon le quotidien La Tribune du mercredi 20.
« Vu le travail à faire, il y a sûrement mieux à faire que de se chamailler. La SNCF doit notamment améliorer la qualité de ses services, développer le fret et RFF doit moderniser le réseau et développer les lignes à grande vitesse » (LGV), selon un proche du président de la République, cité par le journal.
Un recadrage qui intervient quelques jours après le dépôt d’un recours contre RFF par la SNCF devant l’Autorité de régulation des activités ferroviaires (Araf), gendarme du rail en activité depuis fin 2010.
Un porte-parole de RFF a expliqué que Novatrans, filiale de SNCF Geodis (fret), s’était plaint la semaine dernière de RFF et Combiwest, opérateur breton de transport combiné, « sur les conditions d’attribution de sillons » (créneaux de circulation des trains).
Le mois dernier, le patron de SNCF Geodis Pierre Blayau avait affirmé que son entreprise manquait de sillons.
Le système « n’a pas d’avenir » – Tout juste conforté par sa nouvelle lettre de mission du chef de l’Etat après trois ans à la tête de la SNCF, Guillaume Pepy affirmait fin mars que le système ferroviaire articulé autour de la SNCF et de RFF se dirigeait « vers une impasse financière ». « Notre système RFF-SNCF n’a pas d’avenir. Ce modèle n’optimise pas la dépense collective », déclarait-il au journal Le Monde. « Il conduit chaque acteur à agir de manière égoïste ».
Selon lui, un bilan de la réforme de 1997 qui a séparé les activités ferroviaires entre RFF et la SNCF est nécessaire. D’autant que cette séparation n’est parfois pas très nette puisque des activités du ressort de RFF, comme la Direction de la circulation ferroviaire (DCF), sont gérées par la SNCF. Pour l’entretien et la maintenance du réseau, RFF est légalement obligé de faire appel à SNCF Infra.
Baisse de 20 % des subventions publiques pour RFF – Les deux protagonistes ne sont toujours pas parvenus à un accord sur le renouvellement de leur « convention de gestion » qui a expiré en 2010.
L’animosité entre les deux groupes découle également beaucoup de problèmes de gros sous : la SNCF proteste contre la hausse des péages qui grignotent de plus en plus la manne du TGV, tandis que RFF se plaint de son manque de ressources pour entretenir les 30.000 km de voies existantes. Pour Hubert du Mesnil, « le problème fondamental est que le réseau manque de ressources », a-t-il indiqué aux Echos début avril.
La raison principale ? A sa naissance, son groupe a hérité de la SNCF une dette de 20,5 milliards d’euros qui lui coûte chaque année environ 1 milliard en frais financiers. Or, selon lui, il lui manque plus d’un milliard d’euros par an pour rénover le réseau, et les subventions publiques ont reculé de 20% en 2010.
« Il y a en France de vrais problèmes structurels – dette trop élevée, réseau pas assez rénové et vieillissant, maintenance du réseau trop coûteuse – qui ne sont pas du tout liés à la séparation entre gestionnaire d’infrastructures et exploitant », a néanmoins estimé M. du Mesnil, dans un entretien aux Echos.
Les problèmes de retards à répétition qui ont notamment entraîné récemment la fronde d’usagers et la multiplication des vols de caténaires n’ont fait qu’ajouter au climat délétère. Et l’ouverture à la concurrence sur les lignes internationales et dans le fret a également compliqué les relations.





